Kool Thing

L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles...

28 octobre 2008

BENNY'S VIDEO, de Michael Haneke (1992)

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Il n'y a pas plus froid, plus désincarné qu'un film de Haneke. Benny's Video, deuxième long-métrage du réalisateur, est l'image la plus probante du cinéma du bonhomme autrichien : glacial, sec, brutal, pessimiste, étouffant, dérangeant. On se sent sal, souillé de sang, de merde en sortant du film. La violence n'est jamais frontale, mais elle est partout. Dans le champ, hors-champ, dans les paroles, les cris, même dans le montage, dans les décors. Elle s'insinue partout, elle imprègne le film, le contamine. Benny's Video est fait de cassures, aussi bien visuelles que sonores. Les cuts sont brutaux, on passe parfois violemment de la nuit au jour, du noir au blanc, de plans amateurs filmés par Benny à des plans professionneles et maîtrisées filmés par Haneke. Nos yeux sont maltraités. Nos oreilles aussi. Aux silences succèdent toujours subitement des cris. Le calme, puis d'un coup AC/DC, puis de nouveau le calme, et d'un coup des hurlements. Le film n'est que rupture, violence, discorde.

Il se rapproche beaucoup en ceci de Funny Games réalisé 5 ans plus tard, autre film sur le rapport entre la violence et les images, sur la manipulation par les médias et sur le conflit réalité/fiction. Plus qu'un brouillon de Funny Games, Benny's Video apparaît alors comme un film en avance sur son temps. Une oeuvre inaboutie mais passionnante qui ressentait déjà, bien avant Youtube, le rapport trouble et obsessionnel qui se noue entre l'Homme et les images. Un thème on-ne-peut-plus d'actualité abordé dans nombre de films cette année (Cloverfield, Redacted, Diary of the Dead...).

Benny est intoxiqué par les images, il est coupé du monde, enfermé dans sa chambre, privé de toute lumière, de tout contact. Ses parents sont absents, il ne connaît pas la tendresse, il en ressent alors inconsciemment le besoin. C'est la théorie de Tisseron : Benny entretient un rapport maternel avec les images, elles le protègent, le consolent. Mais ce rapport ne connaît pas de limites, il va alors devenir incestueux, pathologique. Le jeune garçon est violé par les images, elles le possèdent, l'obsèdent totalement, les frontières entre réalité et fiction sont brouillées, elles n'existent plus pour Benny. Les images sont devenues plus réelles, plus rassurantes que la réalité. Mais Haneke ne dit pas que les images sont dangereuses, son film n'est pas un film à thèse, le cinéaste se pose comme analyste des abus de notre société. L'image n'est pas néfaste en elle-même, au contraire puisqu'elle est une sorte de substitut freudien de notre inconscient, elle dit quelque chose de nous-même, nous aide en quelque sorte. Par contre, l'abus d'images peut devenir néfaste. Si on consomme des images à outrance, qu'elles deviennent une nouvelle réalité pour nous, alors notre rapport à elles deviendra malsain. C'est ce qui arrive à Benny. A force de vivre dans les images, à travers les images, sa conception de la réalité devient confuse, incertaine, et alors il commet l'irréparable.

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La scène du meurtre en plan-séquence est en ceci magistrale. La caméra filme un écran de télévision, le meurtre est hors-champ, derrière. Et dans cet écran, nous voyons une partie du hors-champ puisque l'écran est relié à une caméra qui filme la pièce en temps réel. Nous voyons donc le meurtre mais indirectement et toujours partiellement. Même dans le cadre de l'écran de télévision la violence reste hors-champ. Un fragment de corps surgit parfois, mais l'acte de violence reste toujours hors-champ, les corps sortent du cadre pour se martyriser. Nous n'avons que des sons, des hurlements et une image statique, presque vide. C'est difficile à expliquer, je ne pense pas que ceux qui n'ont pas vu le film m'aient compris et visualise le plan. Si j'avais le DVD, j'aurais fait une capture, mais je ne l'ai pas et l'image est introuvable sur le net...

Toujours est-il, qu'encore une fois, Funny Games n'est pas loin dans ce rapport trouble très fort au hors-champ. On ne voit rien, l'horreur n'est jamais plein cadre (à part dans la scène inaugurale affreuse avec le cochon qu'on nous repasse plusieurs fois, et même au ralenti), pourtant la violence est d'autant plus traumatisante. Haneke nous manipule et nous le fait comprendre. Ce n'est pas pour rien que Lénine a dit que  "Le cinéma est de tous les arts le plus important". Il avait compris que l'image est le meilleur moyen de manipuler les esprits.

Alors oui, Benny's Video est imparfait, il verse parfois dans l'abus et perd en crédibilité, il souffre de problèmes de rythme, son dénouement est décevant. Mais c'est une oeuvre charnière et indispensable pour comprendre le cinéma de Michael Haneke, et particulièrement Funny Games, son chef d'oeuvre. Un cinéma de l'épure, glacial et violent, grisâtre et pressimiste, mais passionnant en ce sens qu'il ne cesse d'être fasciné par les pouvoirs du Cinéma et de l'image. Un cinéma brutal, ardu mais pas intellectuel. Viscéral, choquant, mais nécessaire.

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Posté par Master Dik à 12:24 - HANEKE Michael - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Michael Haneke

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Posté par Master Dik à 11:37 - HANEKE Michael - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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