31 octobre 2008
INLAND EMPIRE, de David Lynch (2006)
Hier soir, il était bien 22H, l'envie m'a soudain pris de revoir INLAND EMPIRE. Je l'avais vu pour la première fois il y a un an. Depuis, je n'ai jamais eu le courage de le revoir. Trop énorme pour moi peut-être. Et puis hier soir je ne sais pas ce qui m'a pris. En tout cas je n'attendrai plus un an pour le revoir encore et encore. Une expérience pareille mérite d'être vécue autant de fois que possible. Le choc est dur à encaisser, certes. Mais le voyage en vaut la peine. Un voyage terrifiant et fascinant aux confins de l'inconscient. INLAND EMPIRE ne se regarde pas, il se vit.
Il y aurait tant de choses à dire, tant d'éloges à faire sur ce film. Je n'essayerai même pas de proposer une interprétation, ce serait prétentieux et vain. INLAND EMPIRE est en fait une expérience personnelle qui à mon avis se ressent différemment suivant les personnes. C'est tellement dense, tellement complexe. Les conventions narratives, visuelles et sonores du Cinéma sont totalement bouleversées, on est dans de l'expérimentation pure, une tentative de Cinéma singulière, radicale et on-ne-peut-plus personnelle. Autant Mulholland
Drive offrait des repères pour le spectateur, notamment une esthétique
hollywodienne léchée assez familière, autant INLAND EMPIRE nous perd
entièrement. On est jeté en plein cauchemar, dans un monde sans logique, sans cohérence aucune, tout est irrationnel, hostile, c'est le chaos le plus total. C'est une expérience à vivre absolument, à la fois douloureuse et cathartique. On est face à un fantasme gigantesque, plongé dans un inconscient collectif, celui de Lynch, le nôtre et celui de tous les autres. L'abstraction n'a jamais été aussi absolue. On tombe dans un abîme sans fin, harcelé par des visions d'horreur insensées, tantôt terrifiantes, tantôt grotesques. Le film est comparable à une sorte de ville fantôme à la Silent Hill, un no man's land hors du temps où "aujourd'hui est demain" et inversement. L'espace d'une phrase, le temps semble se reconstruire et retrouver sa logique : "J'ai pas trop envie de penser à demain, et aujourd'hui fout le camp" dit Laura Dern. Puis tout se dilue, se casse, se brouille à nouveau. INLAND EMPIRE serait alors peut-être un film sur le vertige du temps. Le Cinéma semble le seul moyen de se jouer de lui et de remettre en cause sa logique.
Dans la lignée de Mulholland Drive, INLAND EMPIRE est aussi un film sur le rêve. Le film lui-même semble être un rêve d'ailleurs, en en sortant on n'est pas sûr de l'avoir vraiment vu, on a l'impression de se réveiller d'un cauchemar, la notion de réalité devient floue. C'est aussi le rêve hollywoodien qui se décompose sous nos yeux. Dans Mulholland Drive, Hollywood meurt petit à petit, il agonise, dans INLAND EMPIRE, il est déjà mort. On gerbe du sang sur Hollywood Boulevard, on y crève, on s'y fait planter un tournevis dans le ventre. Fini le 35mm, les cadrages amples, la photographie glamour. Place à la DV, à l'âpreté. Le style est sec, violent, radical, changeant ; les cadrages sont serrés, l'image est sale, déformée, on étouffe, on transpire. Les éclairages sont crus, éblouissants, surnaturels ; nos yeux sont torturés.
Laura Dern, actrice géniale et schizophrène incarne toutes les femmes à la fois : une actrice dominée par son mari qui tombe amoureuse de son compagnon de tournage, le personnage du film dans lequel elle joue, une femme au foyer abandonnée, une clocharde vulgaire. On ne sait plus qui elle est, elle non plus, la fiction et la réalité s'interpénètrent, la mise en abîme est gigantesque, vertigineuse. Lynch pousse le vice jusqu'à tourner une scène dans un cinéma qui diffuse INLAND EMPIRE. Et puis ces putes polonaises ? Ces mafieux sortis de nulle part ? Cette femme qui pleure devant sa télé ? Ce sitcom étrange avec des lapins ? Après tout, pourquoi chercher à tout comprendre ? Pour le coup il faut se laisser transporter. La logique est là, latente, on la ressent sans arriver à l'atteindre. C'est à ça qu'on reconnaît une grande oeuvre, quand elle nous échappe. INLAND EMPIRE est une source intarrissable, un mystère insondable, un gouffre, une aventure de chaque instant.
Film sur le temps, la mort, la névrose, les femmes, la misère, le conflit réalité/fiction ? INLAND EMPIRE est un monstre tentaculaire, un film maudit, malade, ardu, diforme, passionnant et fascinant. Un fantôme qui hante le spectateur, une carcasse encore animée de spasmes, un cauchemar dont on ne se réveille pas. Je suis à court de métaphores foireuses. En tout cas c'est immense, Lynch atteint les sommets de la grandeur.
Mon texte est décousu, mal écrit, il ne sert à rien. N'en tenez plus compte, voyez INLAND EMPIRE, c'est tout. Ce film me bouleverse, me transcende complètement. J'en tremble encore.
David Lynch
Eraserhead (1976) ![]()
Elephant Man (1980) ![]()
Dune (1984)
Blue Velvet (1986) ![]()
Sailor & Lula (1990) ![]()
Twin Peaks : Fire Walk With Me (1992) ![]()
Lost Highway (1996) ![]()
Une Histoire Vraie (1999) ![]()
Mulholland Drive (2001) ![]()
INLAND EMPIRE (2006) ![]()









